La permaculture et le bioclimatisme

18 octobre 2016

permaculture
La permaculture représente un terme que beaucoup ont déjà entendu mais sans en connaître vraiment tous les fondements. Certains la réduise à une « agriculture bio » tandis que d’autres l’assimilent à un « mouvement hippie » quelque peu sectaire.
La permaculture est en réalité un champ bien plus vaste de différents éléments qui s’associent pour en faire un véritable art de vivre.
Je n’ai pas la prétention de vous donner LA définition de ce qu’est la permaculture (car ce serait erreur de le faire) mais je vais plutôt essayer de vous montrer en quoi la démarche « permaculturelle » a tout intérêt à être connue.

Vers une des définitions (non exhaustives) de la permaculture

Les premières personnes à s’être spécialisées dans le domaine de la permaculture sont Bill Mollison et David Holmgren. Plus que l’étudier, ils l’ont tout simplement fondée et ont écrit un livre ensemble, Perma-culture 11. Il sera suivi de Perma-culture 22, écrit exclusivement par Bill Mollison.
Donner une définition théorique et immuable de la permaculture serait irréaliste. En effet, il existe autant de permacultures que de contextes naturels et anthropologiques. Cependant, aussi variée soit-elle, la permaculture repose sur ce que l’on pourrait nommer des piliers : l’agro-écologie, la construction écologique et les énergies renouvelables. La permaculture repose sur un principe simple mais pourtant oublié aujourd’hui : l’observation et la reproduction des écosystèmes naturels dans le but de satisfaire les besoins humains. Reproduire ce que la nature sait faire de mieux, logique ? Et pourtant nous en sommes loin dans nos pratiques depuis des décennies.



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La permaculture est également souvent appelée système permaculturel. Cela reflète bien sa dimension pluridisciplinaire. La permaculture, c’est aussi une planification fonctionnelle des espaces habités qui permet de mettre en place des systèmes agricoles durables. On retrouve ici en une seule phrase les 3 piliers énoncés plus haut. La philosophie de la permaculture a pour but d’augmenter le bien-être humain en minimisant la consommation d’énergies.

Agriculture durable, agro-foresterie et auto-suffisance

La structure d’un système permaculturel est déterminée par les arbres. Ils permettent de recréer un écosystème favorable à tous les types de plantes : arbustes, vivaces, annuelles, etc.
L’utilisation d’un couvre-sol est récurrente : aussi appelé mulch, il s’agit de matières organiques (paille, écorce, copeaux, …) répandues sur le sol. Cela implique un travail du sol quasi impossible mais finalement inutile grâce à la vie organique riche présente dans les sols. Il en résulte une agronomie composée de strates, bannissant toute utilisation de produits chimiques et sans labour. Le terme « strate » est souvent la raison pour laquelle la permaculture est associée, de façon réductive, aux cultures en lasagnes. En effet, cette dernière n’est qu’une technique agricole parmi d’autres alors que la permaculture constitue une planification complète du système agricole.
La permaculture a certes besoin d’espaces importants au sol. Il est clair qu’il sera difficile de récréer un écosystème complet sur un jardin de 500m². Cependant, la permaculture peut être appliquée à l’échelle de l’habitat particulier aussi bien qu’à l’échelle de la ville.
C’est le pari qu’a fait la ville d’Albi, qui souhaite atteindre l’auto-suffisance alimentaire d’ici 2020. En réfléchissant au principe de zonage intrinsèque à la permaculture, il s’agit de repenser la circulation dans la ville, construite sur le modèle suivant : un centre-ville principal et des zones circulaires qui s’éloignent progressivement. On touche ici à la question des distances parcourues et donc des transports. Ce point est remis en question par la permaculture qui est fondée, en partie, sur l’économie d’énergie et contradictoire avec notre façon de se déplacer aujourd’hui.

Une meilleure organisation et structuration des différentes zones permettrait une exploitation optimale des espaces habités et des espaces cultivés.
La permaculture, d’un point de vue agronomique, repose donc sur différents éléments qui sont le respect de la terre, l’exclusion d’intrants chimiques, la culture sur buttes ou mulch, les compostières (fournissant le compost, seul engrais organique utilisé), le respect de la biodiversité (la présence de plantes mellifères pour attirer les insectes pollinisateurs, l’association de plantes dans les cultures) ou encore la présence de points d’eau qui vont permettre de recréer un micro-climat favorable au développement de la vie animale et végétale.

La permaculture et l’habitat bioclimatique

La permaculture se veut être un système permettant d’améliorer le bien-être de l’Homme. Il est donc évident qu’elle intègre la question de la construction de l’habitat dans ses principes.
Cela repose sur différents points tels que l’orientation des habitations, l’utilisation d’une énergie passive (solaire, vent, hydraulique), l’usage de serres bioclimatiques, la création de pergolas pour gérer la chaleur, la récupération d’eaux pluviales ainsi que la gestion des composts.
L’habitat se retrouve naturellement dans la zone centrale d’un système permaculturel. Comme je le disais au début de cet article, « il existe autant de permacultures que de contextes naturels et anthropologiques ». L’étude du climat, de la nature du sol et de l’orientation, est essentielle à la réalisation intelligente d’un habitat bioclimatique optimisé.
Une planification réussie de l’habitat bioclimatique entraîne un apport très limité, voire nul, d’énergie extérieure pour contrôler le climat.
La réussite d’une construction bioclimatique repose sur des principes simples et une attention particulière portée notamment sur le nombre et la position (orientation) des ouvertures (portes et fenêtres), une isolation optimale des murs et des plafonds grâce au choix des bons matériaux, ou l’utilisation de la végétation pour atténuer la chaleur dans les régions chaudes en créant de l’ombre ou des surfaces végétalisées (toitures ou murs).
Une maison bioclimatique doit permettre non seulement de réduire significativement sa consommation d’énergie mais peut également être capable d’en produire. On parle alors de construction bioclimatique à énergie positive.
N’hésitez pas à lire ou relire mon article Maison bioclimatique : un art de vivre (Partie 1) et Chauffer une maison bioclimatique (Partie 2) pour plus de précisions.

Permaculture : un pari réussi !

La permaculture est certes une discipline complète et parfois complexe, mais libre à chacun d’en exploiter les facettes qui lui sont les plus accessibles. En France, une structure a tenté le pari de construire une ferme permaculturelle complète : la ferme du Bec Hellouin. Elle a réussi en une dizaine d’années, à recréer un écosystème complet capable de produire de façon efficace et rentable une quantité de nourriture importante.
Elle fait notamment l’objet d’études, dont celle de  François Léger, UMR SADAPT (Inra-AgroParisTech) menée avec la ferme du Bec Hellouin et l’Institut Sylva. Elle a permis de déterminer si un tel modèle de production est viable dans notre société actuelle, sur une base de 1000m² cultivés. Les résultats sont plutôt encourageants et montrent qu’il est possible de créer un modèle économique en se tournant vers ce système agricole.
D’ailleurs, un projet de ferme maraîchère implantée au cœur de logements HLM est à l’étude actuellement. Elle permettrait à elle seule de nourrir les habitants de ces logements.

Vous l’aurez compris, la permaculture n’a pas fini de livrer ses secrets à qui veut bien les découvrir. Elle est capable de proposer un environnement vertueux capable de satisfaire les besoins humains, si on essaie de la comprendre et de l’appliquer.



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